Dieu et les musulmans
Depuis quelques semaines, j’ai un stagiaire musulman très pratiquant dans mon bureau. C’est sympa car nous discutons pas mal et finalement je comprends un peu mieux leur vision des choses. Replaçons les choses dans leur contexte, je suis quelqu’un qui a toujours été une espèce d’extrémiste scientifique : Tout s’explique par la science, et le mysticisme n’a pas sa place dans ma vision du monde. Mais depuis quelques temps, qui remontent à avant l’arrivée de cet algérien dans mon bureau, j’ai quelque peu changé d’opinion, réalisant que la science n’est qu’une façon pour l’homme de satisfaire son envie de réponses et la religion une autre façon (peut-être en existe-t-il d’autres, comme l’art ?). Le problème avec la science c’est que derrière chaque réponse qu’elle apporte, elle nous pose deux nouvelles questions… le système étant bien sûr sans fin, la science n’a donc pas pour but d’expliquer tout. Je suis donc prêt à penser qu’en effet certaines questions ne trouveront pas leur réponse dans la science.
Il m’a tout de même fallu un temps pour tolérer qu’on puisse au 21e siècle penser que ses ancêtres étaient Adam et Eve et que Dieu a créé le monde en 6 jours. Ce que tout bon occidental comme moi considère comme une pensée obscurantiste voire dangereuse. Comment est-ce possible de penser ça en étant ingénieur et cultivé scientifiquement comme il est ?
En discutant longuement, on comprend que ce qui est plus fort que tout chez eux, c’est leur conviction profonde de l’existence d’un Dieu tout puissant créateur de tout, auquel ils doivent adoration et obéissance. C’est une évidence pour eux, matérialisée par tout ce qui les entoure, à plusieurs reprises ils m’ont d’ailleurs dit “c’est logique”, mot que je vois d’habitude dans un contexte scientifique. Si j’ai bien compris, chez les Musulmans, il n’existe pas vraiment d’autre religion, il n’y a que l’Islam. Pour la simple et logique raison que c’est la dernière apparue. Les autres religions ne sont alors que des stades primitifs et erronés d’évolution de l’Islam qui ont évolués indépendamment de la vraie parole de Dieu. C’est d’ailleurs quelque chose qu’ils reprochent beaucoup aux chrétien, l’illogisme de leur religion. C’est évident que Jésus n’est pas le fils de Dieu, voyons, “c’est absurde”, Dieu n’est pas comme nous, il n’a pas de fils. Jésus est un prophète musulman, qui comme d’autres à reçu une révélation de Dieu et à annoncé ensuite la venue du prochain prophète (et qui n’a jamais été crucifié). Puis en dernier vint Mohammed, qui lui à clairement annoncé qu’il serait le dernier prophète, que Dieu avait par lui, complété son message et que les hommes avaient en leur possession tout ce qu’il avait bien voulu leur dire. Quid des autres religions comme les hindous qui ont des milliers de dieux, les tribus primitives d’Afrique noire ou d’amazonie ? Pour les Musulmans, Dieu a envoyé des prophètes dans toutes les populations. Certaines n’ont pas l’écriture et n’en n’ont tout simplement pas gardé la trace.
Une fois qu’on accepte ça, l’existence de ce Dieu unique et tout puissant, on accepte forcément la version des prophètes puisqu’ils n’ont rien fait d’autre que de retenir par coeur ce que Dieu disait. Mohammed n’a pu tricher, c’était un analphabète. Pour les musulmans il n’y a pas de confession par l’intermédiaire d’un prêtre, c’est absurde pour eux. Chacun établi une relation étroite avec Dieu. Chaque musulman se doit de connaître le Coran, i.e. ce que Dieu exige de ses fidèles. Il sait donc quand il pêche et quand il peut-être pardonné, sans le demander à personne. A partir de là il n’est pas question de remettre en cause ce que dit le Coran. C’est la parole de Dieu et ça n’a jamais été changé depuis. Il n’est pas question dans l’Islam de changer les règles à chaque “pape”. Les imams ne sont pas des autorités religieuses, mais plutôt des sortes d’érudits de la “science religieuse”, qui enseignent le coran.
Un musulman pratiquant est totalement voué à Dieu, il ne vit que pour “adorer le créateur”, ce qui leur semble complètement logique. Ils ont donc un certain nombre de devoirs, qu’ils doivent accomplir, même s’ils n’en comprennent pas la raison. Les 5 prières par jour, la viande Hallal, et je ne sais quoi encore. Dans ce contexte, si Dieu à dit que notre ancêtre est adam est Eve, remettre ça en cause est aussi grave que de remettre en cause l’existence de Dieu elle même.
Je ne suis pas moins convaincu qu’avant de ma version des choses, au contraire même. Après nos longues discussions je lui ait d’ailleurs dit que grâce à lui, grâce aux efforts que j’avais dû fournir pour expliquer ma pensée, tout était un peu plus clair dans ma tête. Comme je disais, selon moi, de par sa nature, l’être humain possède un besoin d’expliquer son environnement. On ne se contente pas d’observer, on se questionne. Et pour moi, la façon la plus simple et la plus naturelle d’y répondre, est le mystique. La “preuve” c’est d’ailleurs que le mystique est venu avant la science, et qu’en général c’est bien l’explication la plus simple/naturelle qui nous vient en premier. Les égyptiens pensaient que la Terre était LE monde, et que le soir, Râ, le Soleil, s’en allait sur une barque pour revenir à l’est le lendemain, c’est tout de même plus simple et cohérent qu’une planète sphérique tournant à 150 millions de km d’une boule de plasma dense de 700000km de diamètre rayonnant grâce à la fusion nucléaire ! Je pense que des personnes influentes, ayant une certaines vision de société, ont formalisé certain faits et ont mis ça sur le compte d’un Dieu tout puissant et inaccessible. Forcément, encore une fois, plus on avance dans le temps plus ce formalisme peut -etre cohérent et incorporer/réinterpréter les formalismes précédents. Ainsi l’Islam est plus cohérent que le christianisme et le judaisme. A ces époques, former des sociétés homogènes, i.e. regroupant des individus adoptant des mêmes idéologies, était je pense une nécéssité absolue pour la survie des civilisations, d’où l’émergence des grandes religions. L’islam de ce coté a selon ce que j’en comprend, vraiment été construite dans un but social, c’est plus qu’une religion, c’est une vision de société. Je comprends d’ailleurs mieux maintenant pourquoi il n’existe aucun pays (à part p-e la turquie) musulman et laique. C’est à mon avis un non-sens. Il ne peut être question de séparer l’islam de leur société car elle en est la base, toutes leurs lois sont basées sur l’islam, ça n’est pas leur “religion officielle”, mais leur modèle social.
alzaz a dit,
mai 31, 2009 à 11:15
Je n’ai pas bien le temps de lire l’article en entier, j’y reviendrai. Une chose sur l’intro. Je suis aussi ce type de scientifique qui ne trouve pas grâce dans la religion. Je m’explique : la science ne fait qu’expliquer le comment des choses laissant à la métaphysique la charge du pourquoi. Or, si le comment correspond à peu près à la réalité, les religions donnent différents pourquoi que rien ne vient corroborer. En mystique, l’imaginaire est libre et le sujet est le personnage principal. En science, l’observateur s’efface en tant que sujet de façon à pouvoir assurer que sa méthode est objective, les résultats également. Le scientifique a sa mystique : la foi qu’il met dans la physique mathématique et les méthodes qu’il s’impose. Mais la science donne d’assez bons résultats quand bien utilisée et je ne sais pas si le blocage du XIIème siècle de l’islam permettra aux pays musulmans (donc non-laïcs) de garantir à leurs populations le bien-être qu’elles espèrent. La réponse mystique n’a jamais soulagé physiquement et me paraît un leurre quant au salut de l’esprit. On peut se convaincre de tout et de n’importe quoi, c’est le propre de l’irrationnel.
Tizel a dit,
juin 1, 2009 à 11:26
La science ne pourra jamais tout expliquer. La religion avait un rôle aussi apaisant dans un monde profondément injuste (maladie, guerres, castes…).
Quand tu dit qu’on peu trouver des réponses ailleurs que dans la science, voici un texte d’Albert Camus, issu du mythe de Sisyphe, que je trouve très vrai :
“Voici encore des arbres et je connais leur rugueux, de l’eau et j’éprouve sa saveur. Ces parfums d’herbe et d’étoiles, la nuit, certains soirs où le coeur se détend, comment nierais-je ce monde dont j’éprouve la puissance et les forces ? Pourtant toute la science de cette terre ne me donnera rien qui puisse m’assurer que ce monde est à moi. Vous me le décrivez et vous m’apprenez à le classer. Vous énumérez ses lois et dans ma soif de savoir je consens qu’elles soient vraies. Vous démontez son mécanisme et mon espoir s’accroît. Au terme dernier, vous m’apprenez que cet univers prestigieux et bariolé se réduit à l’atome et que l’atome lui-même se réduit à l’électron. Tout ceci est bon et j’attends que vous continuiez. Mais vous me parlez d’un invisible système planétaire où des électrons gravitent autour d’un noyau. Vous m’expliquez ce monde avec une image. Je reconnais alors que vous en êtes venus à la poésie: je ne connaîtrai jamais. Ai-je le temps de m’en indigner ? Vous avez déjà changé de théorie. Ainsi cette science qui devait tout m’apprendre finit dans l’hypothèse, cette lucidité sombre dans la métaphore, cette incertitude se résout en oeuvre d’art. Qu’avais-je besoin de tant d’efforts ? Les lignes douces de ces collines et la main du soir sur ce coeur agité m’en apprennent bien plus. Je suis revenu à mon commencement. Je comprends que si je puis par la science saisir les phénomènes et les énumérer, je ne puis pour autant appréhender le monde. Quand j’aurais suivi du doigt son relief tout entier, je n’en saurais pas plus. Et vous me donnez à choisir entre une description qui est certaine, mais qui ne m’apprend rien, et des hypothèses qui prétendent m’enseigner, mais qui ne sont point certaines. Etranger à moi-même et à ce monde, armé pour tout secours d’une pensée qui se nie elle-même dès qu’elle affirme, quelle est cette condition où je ne puis avoir la paix qu’en refusant de savoir et de vivre, où l’appétit de conquête se heurte à des murs qui défient ses assauts ? Vouloir, c’est susciter les paradoxes. Tout est ordonné pour que prenne naissance cette paix empoisonnée que donnent l’insouciance, le sommeil du coeur ou les renoncements mortels.
L’intelligence aussi me dit donc à sa manière que ce monde est absurde. Son contraire qui est la raison aveugle a beau prétendre que tout est clair, j’attendais des preuves et je souhaitais qu’elle eût raison. Mais malgré tant de siècles prétentieux et par-dessus tant d’hommes éloquents et persuasifs, je sais que cela est faux. Sur ce plan du moins, il n’y a point de bonheur si je ne puis savoir. Cette raison universelle, pratique ou morale, ce déterminisme, ces catégories qui expliquent tout, ont de quoi faire rire l’homme honnête. Ils n’ont rien à voir avec l’esprit. Ils nient sa vérité profonde qui est d’être enchaîné. Dans cet univers indéchiffrable et limité, le destin de l’homme prend désormais son sens. Un peuple d’irrationnels s’est dressé et l’entoure jusqu’à sa fin dernière. Dans sa clairvoyance revenue et maintenant concertée, le sentiment de l’absurde s’éclaire et se précise. Je disais que le monde est absurde et j’allais trop vite. Ce monde en lui-même n’est pas raisonnable, c’est tout ce qu’on en peut dire. Mais ce qui est absurde, c’est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme. L’absurde dépend autant de l’homme que du monde. Il est pour le moment leur seul lien. Il les scelle l’un à l’autre comme la haine seule peut river les êtres. C’est tout ce que je puis discerner clairement dans cet univers sans mesure où mon aventure se poursuit.”
Le Mythe de Sisyphe, Albert Camus
alzaz a dit,
juin 1, 2009 à 7:04
Tu apportes de l’eau à mon moulin…